Analepse musicale (et rapide car le temps a sérieusement manqué cette semaine pour avancer dans ce petit projet). J'ajouterai : analepse musicalement anglo-saxonne, car il y aura la semaine prochaine un petit zoom spécial français. Deux disparitions majeures et deux sorties que j'avais envie de mettre en avant, +2 et -2 à la fois. Cet billet a été composé en coopération à distance, merci donc pour les idées envoyées.
Pas de blabla, mais de la musique !


Cette année-là, on a dit...


Goodbye Louis

Peu de temps après la mort de Louis Armstrong, Dizzy Gillespie a écrit cette nécrologie pour Satchmo :

LA_Obituary

Jamais auparavant, dans l’histoire de la musique noire, un seul individu n’avait dominé si entièrement une forme d’art comme le Maître, Daniel Louis Armstrong. Son style fut copié pareillement par les saxophonistes, les trompettistes, les pianistes et tous les musiciens qui forment la palette du jazz.
L’un des éléments essentiels de son art était sa capacité à chanter exactement comme il jouait. Avant Louis, qui plus est, le rôle de la trompette était de mener l’orchestre. Avec lui, la trompette devint un instrument soliste. La qualité qui distingue son style était la PUISSANCE. Il était connu pour avoir sorti des centaines de DO aigus, l’un après l’autre, chacun au même niveau, et finissant par un FA ou un SOL aigu. On n’avait jamais entendu ça avant. Son concept mélodique était aussi proche de la perfection que possible, son rythme sans faille. Et sa bonne humeur apportait la joie dans la vie littéralement de millions de personnes, à la fois blancs et noirs, riches et pauvres.
Quand le Département d’État m’envoya en mission culturelle en Europe de l’Est, au Moyen Orient et en Amérique du Sud en 1956, l’orchestre fit une rétrospective musicale des différentes innovations faites dans le jazz. Est-il nécessaire de dire que Louis y tenait une place de première importance ?
Louis n’est pas mort, car sa musique est et restera dans le cœur et l’esprit d’innombrables millions de peuples du monde, et dans le jeu de centaines de milliers de musiciens qu’il a influencés.
Le Roi est mort … Vive le Roi !
(Trad. libre)

 

Goodbye Jim

jim_morrisonJe ne résiste pas à la cruauté de partager ici la notice nécro publiée à l'époque par le grand journal britannique The Times. Quelques conneries d'anthologie marquent l'inculture et le non-travail journalistique effectué par son auteur , signe de l'intérêt porté à l'époque aux Doors par une partie de l'Angleterre bien classique :
The Times – GB – 10 juillet 1971 – Nécrologies (page 14)
JIM MORRISON
Jim Morrison, dont la mort à Paris samedi dernier a été annoncée hier, a vécu une grande partie de sa vie comme n’importe quelle star du rock’n’roll tirée de l’imagination d’un romancier de bas étage. Au sommet de sa carrière, chaque performance était un rituel, une fausse crucifixion mise en scène en cuir noir moulant et qui atteignait son apogée au hurlement de « Nous voulons le monde et nous le voulons maintenant ! »
Né il y a 27 ans en Californie, Morrison a formé son groupe, les Doors, dont il a rencontré l’organiste Manzarek en Italie en 1965. L’année suivante, ils ont commencé à jouer à Los Angeles et sont devenus l’un des premiers groupes de la Nouvelle Vague américaine à accrocher le public. Leur plus gros succès a été « Light my fire » et leurs albums ont toujours été classés dans les meilleures ventes.
Les chansons écrites par Morrison pour le groupe flirtaient souvent avec la poésie et ses apparitions sur scène contenaient une grande part de théâtralité. La musique elle-même n’était jamais aussi forte que l’imagination collective du groupe ne le laissait entendre : Morrison n’était en fait pas un bon chanteur et possédait une palette émotionnelle et technique limitée. C’est son visage, qui ressemblait à celui d’un ange déchu, et son allure torturée qui lui ont valu tant d’admirateurs.
Récemment, la force du groupe s’est sévèrement étiolée. Leur apparition au festival de l’Île de Wight l’an dernier a été une déception et Morrison parlait de retourner à ses premières amours, le cinéma. (Trad. libre)

Joan Didion, The White Album (1979)

Il était six, sept heures du soir, un jour au début du printemps 1968, et j'étais assise sur le sol en vinyle froid d'un studio de Sunset Boulevard, en train de regarder un groupe appelé les Doors enregistrer la piste rythmique d'une chanson. De manière générale, je ne prêtais qu'une attention minime aux préoccupations des groupes de rock'n roll (j'avais déjà entendu parler de l'acide comme phase transitionnelle, ainsi que du Maharishi et même de l'Amour Universel, et au bout d'un moment tout cela me faisait l'effet d'un ciel de marmelade), mais les Doors ne semblaient pas convaincus que l'amour, c'était la fraternité et le Kama Sutra. La musique des Doors affirmait que l'amour, c'était le sexe, et que le sexe était la mort, et que c'était là que se trouvait le salut. Les Doors étaient le Norman Mailer du Top 50, des missionnaires de la sexualité apocalyptique. Break on Through, exhortaient leurs paroles, et Light my fire, et :
Come on baby, gonna take a little ride
Goin' down by the ocean side
Gonna get real close
Get real tight
Baby gonna drown tonight -
Goin' down, goin' down. (trad. Pierre Demarty, L'Amérique, Grasset 2009) 

Patti Smith : Fire of Unknown Origin

A Fire Of Unknown Origin took my baby away. Fire Of Unknown Origin took my baby away. Swept her up and off my wavelength. Swallowed her up like the ocean in a fire thick and gray. Death comes sweeping thru the hallway like a ladies' dress. Death comes riding down the hallway in its sunday best. Death comes driving; death comes creeping; death comes i can't do nothing. Death goes, there must be something that remains. Death, it made me sick and crazy 'cause that fire took my baby away. 

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Patti Smith sur la tombe de Jim Morrison, Paris 1976 ©Claude Gassian

 

 

Mais cette année-là, on a dit aussi...


Hello Sticky Fingers !

Le 23 avril, les Stones sortent leur nouvel album Sticky Fingers, premier publié sous leur propre label, Rolling Stones Records (la fameuse langue). L'album est éminamment connu pour sa pochette conceptuelle (merci Wahrol) qui fait scandale avec sa braguette à ouvrir.

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S'il est aujourd'hui considéré par beaucoup comme le meilleur des Rolling Stones, avec notamment les fameux "Brown Sugar" et "Sister Morphine", à l'époque, ce n'était pas forcément le cas, notamment et étonnament chez Rolling Stones Magazine : article du 10/06/71.

Pour la petite histoire, l'Espagne franquiste censura la pochette originale de Wahrol, lui substituant celle-ci, tellement plus soft et élégante, n'est-ce pas. Les doigts coupés ne baignent pas dans la sauce tomate mais dans la mélasse (pour être "sticky")

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Document INA :

L'été dernier (2010), rue89 et l'INA proposaient la rediffusion d'extraits de l'émission Pop 2 de Blanc-Francard, dans les années 70 :
Avant de quitter la Grande Bretagne pour s'installer dans le Sud de la France, les ROLLING STONES ont offert un dernier concert londonien à l'occasion d'une soirée privée au Marquee. Le POP 2 du jour est entièrement consacré à la diffusion de ce concert (Rea : Bruce Gowers ; Derek RANDAL production). Les Stones interprètent sept morceaux dont "satisfaction" et "Brown sugar". Emission sans générique, ni plateau présentateur. Avant le concert des Stones, Mick Jagger interprète un morceau (sous titres en français).

 

 

Hello Hunky Dory

A la fin de l'année, David Bowie sort son quatrième album, Hunky Dory, haut placé dans le classement Rolling Stones Mag des 500 plus grands albums de l'histoire. Cette fin de billet analepse-tique ne sera pas plus développée que cela. On peut lire la critique de Rolling Stones Mag ici.

album_David_Bowie_Hunky_Dory

Je vous laisse avec l'album lui-même et une pensée spéciale pour un tout jeune homme qui, en décembre de cette année-là, écoutait Hunky Dory en boucle :