"Il ne faut pas courir dans les couloirs."

Et pourquoi pas ?

Un jet d'oeil à gauche, un autre adroit, personne en vue à part le gentil professeur de sport. Sprint sprint sprint jusqu'à l'autre bout de la galerie -- ici point de couloir à proprement parler -- entre deux murs d'eau.

Sentiment fugitif d'être la fille de Moïse : je ne cours plus, je survole les dalles, fends le fracas des cataractes que déversent le ciel puis les toits, je suis libre, enfin libre de toutes ces convenances ! 

Au milieu exactement de la traversée, splash, la flaque. Les deux pieds dedans. A en regretter de ne pas en avoir quatre, pour la peine ! Flaque géante, mare aux canards, étang chimérique, lac majeur, mer rouge qui tout à coup se refermerait sur moi !

Puis, à nouveau, les pieds sur terre : on lisse la tunique, on relève le menton, on aplatit les boucles qui n'en peuvent plus de se dresser dans tous les sens et, malgré le slosh slosh des sandales détrempées, on entre dignement dans la salle de classe. L'honneur est sauf, la Reine n'est pas passée.

Aujourd'hui, preuve que j'ai aussi les pieds sur terre