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En sortant de l'école, elle a souri de soulagement : tout était rentré dans l'ordre.

 

15h30, c'est toujours un peu la cohue, il faut louvoyer entre les élèves partant faire du sport, les petits qu'on mène au bon bus et les adultes et ados se faufilant pour atteindre de leur. Mais au moins ce soir c'est une cohue normale, familière. Gaie, qui sent la liberté. Pas comme celle de lundi dernier. Pas cette vision assez nauséabonde qui, si la French Maam avait été parent d'élève, lui aurait fait mettre son rejeton dans une autre école.

Lundi dernier, elle a mis du temps pour comprendre à quoi rimait le cirque. Elle a d'abord vu une foule de mômes rassemblée près des bus. Puis des mouvements de foule, foule qu'on refluait vers les bâtiments. Puis elle a entendu, avant de l'apercevoir, le Commander, cet ex-militaire qui joue les rôles d'intendant et de gardien de l'ordre, beugler des trucs à certains élèves encore dans les bus ou essayant d'y monter. N., le Chef des bus, suivait l'exemple, sans le côté militaire (N. est plutôt cool et débonnaire dans le genre). 

Elle a enfin atteint sa ligne 16, à contre courant. Et a compris, après observation : aucun élève hormis ceux de maternelle n'était autorisé à quitter l'établissement. Pourquoi ? Il faudra attendre que le bus démarre pour connaître le fin mot de l'histoire, dans ce grand bus jaune aux sièges désespérément vides de jeunesses : Tous les élèves sont maintenant obligés de rester pour les cours du soir. Allez comprendre, la French Maam y a renoncé depuis un an.

Entre l'arrivée au bus et son départ, 10 minutes de traque se sont déroulées sous les yeux ébahis de l'expat de service : chauffeurs chargés, par l'(ir)remplaçable C., de vérifier dans chaque bus qu'il ne restait pas un seul élève, un peu sur le mode rafle, et gare aux petits malins resquilleurs :A c'est sous les ordres braillés du grand C. qu'ils étaient descendus du bus. C'eût été drôle et pathétique, sans cet autoritarisme aux accents un peu violents, tout de même... Mazette, qu'allait-elle faire dans ce bus scolaire ?

Ce soir, vendredi, le même nombre d'élèves que d'habitude est vautré et chahute dans le bus 16. C'est rassurant de se dire que la force n'y fait rien et ne force surtout pas le respect, ni des enfants ni de leurs parents : et l'on file file file, bien vite, vers la liberté de son chez soi.

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