Cinq jours de solitude un peu hébétée. Cinq jours à essayer de digérer le choc, à attendre qu'ici, on me parle de mon pays, de ce qui s'y passe, qu'on me demande ce que je ressens et pourquoi une telle réaction en France... et dans le monde... sauf ici. Impression de vivre sur une autre planète. Seules réactions lues, en commentaires des articles en ligne dans la presse nationale du pays ou un post FB d'une collègue chrétienne : des horreurs sur les musulmans.
Quelques rares échanges, cependant, dont un symptomatique du fossé culturel au bord duquel je me retrouve souvent, sur la laïcité. "Ils n'auraient pas dû publier ces cartoons."  Ca sonne un peu comme le "Mais elle portait une jupe trop courte" après un viol. "
C'était insultant pour les musulmans, on ne se moque pas de ce qui est sacré pour les gens." J'ai beau essayer de faire comprendre la différence entre la laïcité à la française et celle d'ici, ça ne passe pas. Il est normal qu'on fasse une prière à Dieu pendant la "morning assembly" dans une école non-confessionnelle, il est choquant je puisse en être mal-à-l'aise. 
Cinq jours à réfléchir, à faire une espèce de tri dans ma tête, à me dire que tout ça, ces deux années en milieu confit de religion (à laquelle je ne m'identifie pas du tout), plus 5 jours de quasi-silence,  a renvoyé tout élan spirituel aux chiottes, avec plusieurs coups de chasse d'eau. 

Que reste-t-il ? Il reste des fondements que je ne pensais pas si solides. C'est avec ce credo en tête que, de loin, par l'esprit, je suis debout, en marche, avec ceux qui me manquent tout là-bas et qui sont debout, en marche.

Place de la République, Paris, 7 hanvier (Photo AFP)

 

Je ne crois pas que mon Dieu, si j'en ai un (ce qui ne te regarde pas), soit si différent du tien, si tu en as un : la petitesse d'esprits crassement humains, quelle que soit la religion, enferme trop souvent l'idée du divin dans une boîte à l'image de l'homme, bête et petit.
JE CROIS en la laïcité, que le sentiment religieux est du domaine de l'intime, comme l'absence de sentiment religieux, et je place le respect de l'Homme au-dessus de tout : si Dieu existe, c'est le meilleur moyen de le servir ; s'il n'existe pas, c'est le meilleur moyen de servir l'Homme, debout et en marche.

Je ne crois pas que la peur doive être niée : avouée à soi-même, canalisée, digérée, elle permet de survivre au danger, vivre et rester alerte pour combattre la terreur asservissante, ce chaos qui ne sert que la soif de pouvoir de ceux qui, de loin, font à dessein germer la folie dans l'esprit de petites frappes perdues devenues instruments terroristes.
JE CROIS  en la liberté, de croire ou ne pas croire, d'expression, de presse, d'être femme, homme, de chanter, pleurer, écrire, dessiner, rire et se moquer, même des autres car l'autre c'est aussi moi, la liberté d'être, malgré la peur, debout et en marche.

Je ne crois pas être meilleure, détenir toutes les vérités, valoir plus que toi, quelle que soit mon origine, ton origine, avoir plus ou moins que toi le droit d'être libre. Je ne crois pas que tu sois meilleur ou pire, que tu détiennes toutes les vérités, que "te plaire" doive rimer avec "me taire", ni que ta tristesse et ton indignation vaille plus ou moins que la mienne.
JE CROIS en l'égalité, en l'égale valeur de chacun dans la vie et dans la mort, en l'égalité des coeurs dans la tristesse et l'indignation face a la folie meurtrière, debout et en marche.

Ne croyant pas en toutes ces choses, croyant en toutes ces choses,
Je ne crois pas au blasphème, au silence imposé par la terreur, que la loi des armes soit la plus forte.
JE CROIS en la fraternité, en la responsabilité de chacun, en l'éducation mutuelle pour ouvrir les esprits, aux mots contre les mots, aux mots contre les maux, à la parole, aux gestes tendres, aux mains serrées, je crois en la communion des douleurs et des deuils, différents, multiples mais égaux, en la fraternité par-delà les oppositions, contre la terreur, debout et en marche.