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Il y a quelques semaines, ma meilleure amie était partie prenante dans l'organisation et le déroulement de la première "Mad Pride" au monde, à Paris. Une manière festive et efficace de lever les tabous qui, même dans nos sociétés dites évoluées, pourrissent encore la vie des gens souffrant de maladie mentale (au sens large, donc d'une partie d'entre nous qui sommes, avons été, ou serons un jour ne serait-ce que victimes de dépression nerveuse).

Aujourd'hui, c'est la 12e journée mondiale contre la peine capitale, qui centre ses efforts cette année sur la situation plus particulière des condamnés à mort souffrant de troubles mentaux. Deux partages, pour l'occasion.

Tout d'abord, le début de l'article d'ECPM en préambule à la présentation de cette journée internationale. Étonnant. L'article entier - qui dresse un rapide tableau de la situation des condamnés à morts souffrant de maladies mentales dans le monde - est à lire ici.
Où l'on découvre que, même ici, où il y a un an les gens manifestaient dans les rues pour demander la peine de mort (de la manière la plus barbare possible) de violeurs, des juges devraient, par leur décision, faire honte à leurs homologues américains.

C'est une décision rarissime. En janvier dernier, la Cour suprême indienne a commué 15 condamnations à mort en prison en perpétuité, en raison de délais injustifiables avant l'exécution et de problèmes de santé mentale. Les juges suprêmes ont reconnu « la souffrance mentale insupportable qui suit la confirmation de la condamnation à mort » et ont ajouté que dans certains cas, « les condamnés à mort perdent leur équilibre mental du fait de l'anxiété prolongée et des souffrances ressenties dans le couloir de la mort ». S'appuyant sur « les canons reconnus des droits de l'homme », ce jugement a réjoui le principal avocat des plaignants, Me Yug Chaudhry. « Je pense que cela va influencer d'autres pays, du fait que l'Inde est le pays rétentionniste le plus peuplé et occupe une place géographiquement importante en Asie », a-t-il déclaré à la Coalition mondiale contre la peine de mort.
Pour l'heure, les troubles mentaux dans les couloirs de la mort sont loin d'être pleinement reconnus par les administrations pénitentiaires et judiciaires. Pourtant la situation s'avère alarmante. C'est pourquoi, cette année, c'est le thème majeur de la journée mondiale contre la peine de mort qui se tient chaque 10 octobre depuis 2003. Le slogan : « Protéger ceux qui souffrent de troubles mentaux, ne les exécutez pas » . [...]

En regard, un extrait d'un éditorial d'Allen Ault, ancien directeur du département de l'administration pénitentiaire de Georgia (USA). Lire l'intégralité de l'article ici. La parole des anciens bourreaux est, je trouve, souvent très marquante.

[...] I have been told by a Kentucky prosecutor that I obviously wasn't suited to be a director of corrections if applying the death penalty affected me adversely. But that statement begs the question: How does an individual prepare him or herself to become a serial killer? Only an individual without a conscience is equipped to become an executioner. Is that what society wants?
Capital punishment forces the person who has to carry it out to fall below the base humanity level of even the individual he is executing.
[...]
The only reason for capital punishment that does not act as a deterrent is revenge. But the Chinese proverb about revenge is true for those who have to murder a human being for a state: "Before you embark on a journey of revenge, dig two graves"— one for the target and the other for the avenger.
I once wrote an article for Newsweek entitled, "I don't remember their names, but I see their faces in my nightmares." I dug my grave, as the state's avenger, and now I am condemned to live in it. I shudder to think that corrections commissioners in Kentucky and other states are condemned to the same fate.