Ecrire ?

Questionnaire de Proust

C'est le moment où jamais. Quelques jours de vacances après des semaines de travail dont on ne voyait pas le bout. Une semaine de soleil clôturant une mousson très liquide. Une semaine de temps libéré. Une semaine pour se nettoyer l'esprit, se dégourdir les muscles et le cerveau, retrouver son centre de gravité. 

Mon beau-frère, en réponse à un email dont j'ai allégé le sérieux de quelques anecdotes, me conseille de tenir le journal de cette vie qui ne correspond en rien à notre logique occidentale. J'y ai souvent pensé, dans ces moments où je rêve, à l'instar de Stupeur et tremblements, de grimper sur mon bureau pour hurler en gesticulant, en une tentative que je sais pourtant inutile de provoquer suffisamment d'ondes pour que cette 4e dimension ambiante se dissolve enfin.

Ce matin, je lisais les réponses de Joan Didion au questionnaire de Proust.
- On what occasion do you lie?
- I probably lie constantly, if the definition of lying includes white lies, social lies, lies to ease a situation or make someone feel better.

Voila. Je réalise que je mens tout le temps. Pour faciliter les choses, ma vie, le regard des autres - ceux qui sont là-bas et se sont bâti une vision romanesque du "vivre loin", ceux dont les emmerdes personnelles teintent mes récits de catastrophisme alors que je ne cherche, quand je dis la vérité, qu'à rire de moi-même et de mon occidentalité un peu bouchée. Pour ne pas blesser la sensibilité des gens qui m'entourent, avec qui je vis ou travaille, qui parfois se choquent d'un rien. A force de mentir, par omission ou par compassion, souvent par lâcheté et toujours par facilité, on finit par se convaincre soi-même que ces white lies sont la vérité et qu'on n'est pas totalement normal de laisser encore parfois sourdre cette chansonnette anarcho-astérixienne : "Ils sont fous, ces...". 

Et puis le beau-frère a la bonté de vous avouer son hilarité à la lecture de vos dernières anecdotes et soudain, on se sent plus léger : ces situations ne sont pas drôles, décalées, uniquement dans votre esprit malade d'inadaptée chronique. Votre vie est drôle, vous êtes souvent ridicule et les autres, la situation en générale, sont drôles. Et en rire est sain. 

La question du jour n'est soudain plus : faut-il continuer à écrire ? mais plutôt : faut-il poursuivre ce blog (en désespérance depuis des mois) en lui imprimant une nouvelle direction, ou faut-il se créer un nouvel espace ?

En attendant une réponse, on peut visiter le très beau site Brain Pickings.

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Aujourd'hui, une seule question